NAVIGLI
Supplì al telefono romains coupés en deux révélant le cœur de mozzarella filante
Gastronomie

Recette Supplì al Telefono : La Street Food Incontournable de Rome

Par Marco Bianchi·19 mai 2026·8 min de lecture

Maîtrisez la recette des supplì al telefono, croquettes de riz romaines au cœur de mozzarella filante. Techniques, astuces et secrets de la vraie street food de Rome.

Croquez dans un supplì al telefono et vous comprendrez instantanément pourquoi ce nom : la mozzarella fond en un fil doré qui s'étire comme le câble d'un vieux téléphone à cadran. Cette recette romaine est l'une des plus gourmandes de la street food italienne, pourtant méconnue en dehors de Rome. Croustillante dehors, crémeuse dedans, elle concentre en quelques bouchées tout le génie de la cuisine populaire du Latium : des ingrédients simples, une technique précise et un résultat inoubliable.

Supplì : deux siècles de street food romaine

Les supplì sont nés à Rome au début du XIXe siècle, vraisemblablement sous l'influence de la cuisine française pendant l'occupation napoléonienne. Le mot lui-même dériverait du français surprise— une référence au cœur caché de mozzarella que l'on découvre en mordant dedans. D'autres étymologies évoquent le latin supplex (offrande), mais la piste française reste la plus documentée par les historiens de la gastronomie romaine.

À partir de la seconde moitié du XIXe siècle, les supplì s'installent dans les friggitorie du centre historique de Rome, ces comptoirs populaires où l'on frissonne les fiori di zucca, les baccalà en tempura et bien sûr les supplì. Le qualificatif al telefonoapparaît avec la démocratisation du téléphone, vers les années 1920-1930 : la métaphore du fil s'impose alors naturellement pour décrire la mozzarella qui s'étire entre les deux moitiés du supplì. Inscrit en 2018 à la liste des Produits Agroalimentaires Traditionnels italiens par le Ministère de l'Agriculture, le supplì est aujourd'hui reconnu comme un patrimoine culinaire régional au même titre que la carbonara ou la cacio e pepe.

La grande distinction avec les arancini siciliens — leur cousin du Sud souvent confondu — tient à la fois à la forme (oval pour le supplì, conique ou sphérique pour l'arancino) et à la base du riz : tomate et parmesan pour les supplì, safran et viande pour les arancini classiques. Les Romains tiennent à cette distinction ; à Rome, appeler un supplì « arancino » est un impair diplomatique.

Les ingrédients pour 10 supplì authentiques

La recette traditionnelle des supplì romains repose sur un risotto al pomodoro refroidi et façonné autour d'un cœur de mozzarella. Chaque ingrédient a son importance : le riz doit être riche en amidon pour lier, la sauce tomate doit être concentrée, la mozzarella doit fondre sans rendre d'eau.

  • 300 g de riz arborio : la variété à risotto est indispensable : son amidon permet à la masse de tenir à la friture sans se défaire.
  • 400 g de tomates pelées San Marzano : ou une bonne passata de qualité. Évitez les tomates trop liquides qui donneraient un riz trop humide.
  • 150 g de viande hachée (optionnel) : la version traditionnelle inclut un peu de bœuf haché revenu dans la sauce. Certaines friggitorie modernes proposent une version végétarienne.
  • 80 g de pecorino romano râpé : plus typique que le parmesan dans la cuisine romaine. Son caractère salé et légèrement piquant relève le riz.
  • 200 g de mozzarella fior di latte : coupée en cubes de 1,5 cm et bien égouttée la veille. La mozzarella de bufala est trop humide et ferait éclater le supplì.
  • 2 œufs entiers : pour lier la masse de riz et assurer la tenue des croquettes avant panure.
  • Chapelure fine (pangrattato) : suffisamment pour une panure double. La chapelure italienne classique, légèrement plus grossière que la française, donne un craquant supérieur.
  • Huile de tournesol ou d’arachide : en grande quantité pour la friture. Ne jamais frire dans l’huile d’olive : son point de fumée est trop bas.

La recette étape par étape

Les supplì se préparent en deux temps : la veille, on cuit le riz et on le laisse reposer au réfrigérateur. Le jour même, on façonne, on pane et on frit. Ce repos est non négociable : c'est lui qui donne au riz la cohésion nécessaire pour tenir à la friture.

  • Étape 1 — La base tomate : Faites revenir un oignon émincé dans l’huile d’olive. Ajoutez la viande hachée si vous en utilisez, faites-la dorer, puis versez les tomates. Laissez mijoter 20 minutes à feu moyen jusqu’à obtenir une sauce épaisse.
  • Étape 2 — La cuisson du riz : Ajoutez le riz sec directement dans la sauce (sans le rincer) et couvrez de bouillon chaud au fur et à mesure, comme un risotto. Comptez 18 à 20 minutes. En fin de cuisson, retirez du feu, incorporez les œufs battus et le pecorino. Le riz doit être légèrement plus compact qu’un risotto normal.
  • Étape 3 — Le repos : Étalez le riz sur une plaque huilée, filmez au contact et réfrigérez au moins 4 heures, idéalement toute une nuit. Un riz chaud ne se façonne pas : il colle aux mains et s’écrase.
  • Étape 4 — Le façonnage : Humidifiez légèrement vos mains. Prélevez environ 80 g de riz, aplatissez-le dans la paume. Déposez 2-3 cubes de mozzarella au centre et refermez en formant un ovale d’environ 8 cm de long. Pressez bien pour que la jointure soit hermétique.
  • Étape 5 — La panure : Passez chaque supplì dans l’œuf battu, puis dans la chapelure. Répétez l’opération une seconde fois (double panure) pour une croûte épaisse qui résiste à la friture et isole la mozzarella.
  • Étape 6 — La friture : Chauffez l’huile à 175–180°C dans une casserole haute et étroite. Plongez 2-3 supplì à la fois (pas plus) pour ne pas faire chuter la température. Frire 3-4 minutes en les retournant à mi-cuisson, jusqu’à une couleur brun doré profond.
  • Étape 7 — La dégustation : Égouttez sur papier absorbant, salez légèrement à la sortie de l’huile. Servez immédiatement : la mozzarella refroidit vite. Le supplì se mange debout, chaud, tenant entre deux doigts — exactement comme à Rome.

Les erreurs qui ruinent les supplì

La friture est une technique exigeante qui pardonne peu l'approximation. Voici les pièges les plus fréquents chez ceux qui tentent les supplì pour la première fois.

  • Mozzarella trop humide : si la mozzarella rend de l’eau à la cuisson, elle crée de la vapeur qui fait éclater la panure. Coupez les cubes la veille, égouttez-les sur un torchon propre au réfrigérateur.
  • Riz trop chaud au façonnage : un riz encore tiède ne se compacte pas, les supplì s’ouvrent à la friture. Le repos au froid est la clé de la tenue.
  • Huile pas assez chaude : en dessous de 170°C, le supplì absorbe l’huile au lieu de dorer. La croûte sera grasse et molle. Un thermomètre de cuisson est recommandé.
  • Trop de supplì dans la casserole : chaque croquette refroidit l’huile. Frire par petites quantités maintient la température constante et garantit une cuisson uniforme.
  • Panure simple : une seule couche de chapelure s’ouvre facilement à la friture. La double panure (œuf-chapelure-œuf-chapelure) est la technique romaine classique pour une croûte hermétique.
  • Mozzarella industrielle : la mozzarella en bloc ou râpée ne fond pas de la même façon. Le fior di latte frais, en boule, est le seul à donner cet effet « téléphone » au démordage.

Supplì vs Arancini : le débat Nord-Sud

Les deux sont des croquettes de riz frites, mais elles incarnent deux traditions culinaires distinctes qu'il serait maladroit de confondre. Les arancini siciliens tirent leur nom de leur couleur orangée due au safran, sont généralement sphériques ou en forme de cône, et se garnissent de ragù à la viande, de petits pois et de fromage — ou de jambon et béchamel dans la version al burro. Ils pèsent souvent entre 150 et 200 grammes, soit deux à trois fois plus qu'un supplì.

Les supplì romains sont plus petits, toujours allongés, à base de riz tomate, et leur seule garniture traditionnelle est la mozzarella. Cette simplicité n'est pas un manque : c'est une philosophie. La cuisine romaine aime les contrastes directs — le croustillant et le fondant, l'acidité de la tomate et la douceur du fromage — sans surcharge. Dans le reste du Latium, on trouve aussi des variantes régionales comme les supplì di riso in bianco (sans tomate) ou fourrés à la mortadelle, mais le classique al telefono reste la référence absolue.

Les variantes modernes et comment les servir

Si la recette traditionnelle reste la référence, les friggitorie romaines contemporaines ont développé des versions créatives qui respectent la technique tout en renouvelant les saveurs.

  • Supplì cacio e pepe : riz crémeux au pecorino et poivre noir, sans tomate — un hommage à l’autre grand classique romain. La mozzarella reste obligatoire au centre.
  • Supplì amatriciana : riz cuisiné avec guanciale, tomate et pecorino, façon amatriciana. Le supplì parfait pour l’apéritif accompagné d’un verre de vin rouge.
  • Supplì al nero di seppia : riz teinté d’encre de seiche, garni de mozzarella et parfois d’un cœur de scamorza fumée. Une version spectaculaire servie dans les restaurants gastronomiques romains.
  • Comment servir : à Rome, les supplì se mangent nature, sans sauce d’accompagnement. Un filet de citron est parfois proposé, mais c’est tout. Ils s’accordent parfaitement avec un Spritz ou une bière blonde légère.

Les supplì dans la culture de l'aperitivo

À Rome, les supplì font partie intégrante du rituel de l'aperitivo. Dans les années 1980-1990, avant que les bars à cocktails ne s'en emparent, les supplì étaient le snack roi des cantinetteromaines : on commandait un verre de vin de la maison et une portion de supplì chauds, posés sur un carré de papier journal. Ce format décontracté, debout au comptoir, reste aujourd'hui le mode de dégustation préféré des Romains.

L'association avec le Spritz est plus récente — elle reflète l'italianisation progressive de l'apéritif dans toute la péninsule, où la culture vénitienne du cicchettia rencontré la street food romaine. Le résultat est une alliance parfaite : l'amertume du Campari ou de l'Aperol tranche avec le gras de la panure et le fondant de la mozzarella. Chez Navigli, où l'aperitivo est proposé de 18h à 20h avec Spritz à 5€ et une sélection de fritti et de buffet chaud, l'esprit romain de ces petites fritures trouve un écho naturel dans la cuisine italienne du soir.

Conseils de pro pour des supplì parfaits à la maison

Après la technique de base, quelques détails supplémentaires permettent de passer du bon au remarquable.

  • Le choix du riz : l’arborio est le standard, mais le Carnaroli donne une texture encore plus onctueuse car il retient mieux l’amidon à la cuisson. Évitez le riz long grain qui ne lie pas.
  • L’épaisseur de la panure : les maestri fritturisti romains recommandent une chapelure légèrement grossière, pas trop fine. On peut mélanger chapelure fine et semaine de blé dur pour un craquant plus rustique.
  • Congélation possible : les supplì crus (après façonnage et panure, avant friture) se congèlent très bien sur une plaque, puis en sachet. Frire directement congelés à 170°C en prolongeant la cuisson de 2 minutes.
  • Le sel : ne salez jamais l’huile de friture. Salez les supplì à la sortie, directement sur la chapelure encore chaude : le sel adhère mieux et la perception en bouche est plus nette.
  • La récupération des restes de riz : le riz tomate refroidi du lendemain d’un risotto classique est un excellent point de départ pour des supplì improvisés. C’est d’ailleurs probablement comme ça qu’ils ont été inventés.

Envie de fritti italiens sans cuisiner ?

La friture maison, c'est délicieux mais c'est aussi une odeur qui s'accroche aux rideaux. Quand l'envie de street food italienne est là sans l'envie de plonger les mains dans la chapelure, le buffet à volonté Navigli au 52 rue d'Enghien (Paris 10e) propose une sélection tournante de fritti et d'antipasti chauds dans sa formule à partir de 19€. Le brunch du dimanche à la Terrazza Navigli à Montreuil (à partir de 20€) intègre également des spécialités romaines et régionales dans un cadre décontracté. Pour l'aperitivo, passez entre 18h et 20h : Spritz à 5€ et buffet chaud pour prolonger le rituel romain bien au-delà du périphérique.

Marco Bianchi

Chef cuisinier — Navigli Paris 10

Chef italien originaire de Lombardie, Marco supervise les pâtes fraîches maison et le buffet d'antipasti chez Navigli Aperitivo Paris depuis l'ouverture.

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